À Val-de-Scie, en Seine-Maritime, Adèle Bourgis, candidate malheureuse, ne digère pas la victoire de Christian Suronne, dont la liste a une moyenne d'âge supérieure. Ce vendredi, elle organise un rassemblement pour dénoncer une règle du XIXe siècle.
Sept communes ont connu une égalité parfaite lors du second tour des élections municipales. Dans ce cas, le code électoral privilégie la liste à la moyenne d'âge la plus élevée.
Ce scénario inattendu s'est produit à Val-de-Scie, une petite ville de 2 600 habitants. Lors du dépouillement, les listes de Christian Suronne et d'Adèle Bourgis ont obtenu le même nombre de voix. Finalement, le maire sortant a conservé son poste grâce à cet avantage lié à l'âge.
« C'est totalement démodé ! », s'indigne la candidate de 37 ans, professeure de chant. « Lorsqu'on a vu l'égalité se profiler, c'était la consternation. » Ce mélange d'inquiétude et de désillusion s'est accentué avec la répartition des sièges, dont sa liste n'a obtenu que six sur 27.
Le message donné est catastrophique
« Cela paraît incroyable, nous représentons presque la moitié de la population, mais au conseil municipal, nous n'aurons que 22 % des sièges !, s'insurge Adèle Bourgis. En cette période où notre démocratie est fragile, la situation est alarmante. »
La règle ne s'arrête pas là, le dernier siège, le 27e au conseil, a de même été attribué selon l'âge, écartant ainsi Émilie Masseron, 43 ans, colistière d'Adèle. « Nous avons ressenti un véritable parcours du combattant, tout cela pour une loi datant du XIXe siècle, alors que notre société évolue déjà vers le XXIe.
Ce constat étrange a fait le tour des réseaux sociaux, comme l'a souligné la Fédération française de la Lose (FFL) sur X, qui a moqué : « Adèle Bourgis, avec une moyenne d’âge de 48 ans, n’a donc rien pu faire contre les 57 ans de Christian Suronne. Misez sur l’arthrose pour les prochaines municipales ! »
Christian Suronne, 79 ans et conseiller municipal depuis 1977, affiche une certaine compréhension de la frustration des perdants, tout en affirmant qu’il n’aurait pas fait tout un pataquès à ce sujet. « Je respecte la loi, même si je comprends que certains aspects ne plaisent pas », a-t-il déclaré.
Pour exprimer leur mécontentement, la liste perdante appelle à un rassemblement ce vendredi, devant la mairie, en brandissant des cartes d’électeurs.
Une pétition lancée
Mais pourquoi une telle prime au plus âgé ? Selon le politologue Romain Pasquier, cela s’explique par l’histoire institutionnelle française, qui associe âge à sagesse. « À l’époque, cela se justifiait dans des sociétés jeunes, mais la question de la pertinence de cette règle se pose aujourd’hui. »
En réaction, une pétition a été lancée sur le site de l’Assemblée nationale. Titrée « Cas d’égalité aux élections : la valeur n’attend point le nombre des années ! », elle appelle à des réformes pour un système plus inclusif et représentatif, incluant des propositions comme un tirage au sort ou un troisième tour.







