À Brest, l'union des forces de gauche, allant du PS à LFI, s'emploie à repousser la menace d'un basculement vers la droite, incarnée par la surprise du dernier scrutin. L'usure de François Cuillandre, maire depuis 2001, suscite de nombreuses réticences parmi les électeurs.
"Un cinquième mandat? Impossible!", s'exclame Michelle, 75 ans, charmante retraitée aux lunettes rouges, devant les stands du marché de Kérinou, non loin du centre-ville. Comme beaucoup d'autres, elle a décidé de ne pas voter pour le maire socialiste sortant lors du dernier scrutin.
À 71 ans, Cuillandre, qui avait juré ne pas se représenter, a récolté seulement 23,8% des voix, se plaçant derrière le candidat de droite, Stéphane Roudaut, avec 30,2%. La ville est dirigée par le Parti Socialiste depuis 1989.
M. Cuillandre, en fonction depuis 37 ans et adjoint au maire depuis 1995, est souvent perçu comme distant, traversant les marchés avec un visage fermé et négligeant d'adresser un bonjour à ses administrés. Face aux résultats décevants, il a été contraint de collaborer techniquement avec la liste LFI, dirigée par Cécile Beaudouin, 33 ans, qui a obtenu 15,4% des suffrages.
"Une alliance honteuse!", critique Roudaut, en rappelant que Cuillandre, proche de François Hollande, avait toujours été opposé aux compromis avec LFI.
Les électeurs se remémorent une vidéo où le maire détruisait des affiches de campagne du candidat insoumis Pierre-Yves Cadalen, désormais en position éligible sur la liste de la "gauche unie". Michelle, néanmoins, déclare qu'elle votera pour Cuillandre, affirmant : "Entre deux maux, je choisis le moindre".
Le rapprochement avec LFI est perçu avec méfiance par une frange plus modérée des électeurs. Une quadragénaire, au pull marin, décrit cet accord comme une "connerie", tandis que Yolande Schneider, 68 ans, regrette de ne pas avoir vu une nouvelle tête porté le projet.
"C'est le mandat de trop. Bien qu'il ait fait un bon travail, il est temps d'introduire de la nouveauté", affirme cette ancienne directrice de service à la mairie. Yohann Nédélec, adjoint de Cuillandre, reconnait que cette critique circule largement.
Négélec, souvent vu comme le successeur potentiel de Cuillandre, a abandonné ses ambitions, constatant la détermination de son mentor à se représenter. Sur le marché, de nombreux citoyens expriment leur regret qu'il n'ait pas été choisi comme tête de liste.
Il tente de rallier les électeurs autour de Cuillandre. "La question est simple : voulez-vous une ville à droite ou à gauche?", interroge-t-il, mais Guy Chuiton, 73 ans, qui a opté pour une liste de gauche plus diversifiée, lui répond que c'est "tout sauf Cuillandre". "Un système politique en place depuis 25 ans, c'est malsain", souligne-t-il, plaidant pour un renouvellement.
Roudaut, de son côté, espère attirer des voix de gauche, se disant en contact avec "énormément d'électeurs de gauche qui vont voter pour nous", malgré les défis que représente la présence du RN (11,1%) au second tour, une première dans l’histoire de la ville.
"En septembre, certains sondages me donnaient à 18% en suivant Cuillandre. Aujourd'hui, notre liste est la seule qui est en dynamique", assure Roudaut, déterminé à inverser les tendances actuelles.







