Depuis quelques semaines, de nombreux résidents du Golfe, notamment aux Émirats arabes unis, signalent des dysfonctionnements inquiétants de leurs systèmes GPS. Alors que les tensions militaires s'intensifient en raison des récentes attaques iraniennes, ces erreurs de localisation deviennent préoccupantes. Des utilisateurs se retrouvent projetés à des centaines de kilomètres de leur position réelle, y compris en mer.
Ce phénomène a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, où les habitants partagent leurs mésaventures. «L’application m’a envoyée par des itinéraires improbables pendant que je circulais», raconte Hind, une expatriée française à Dubaï. Après avoir désespérément scruté les panneaux routiers pour retrouver son chemin, elle a finalement réussi à reprendre le contrôle de sa navigation au bout de quelques minutes.
Les services de livraison, eux aussi, sont impactés. «Une course qui m'aurait pris 10 à 15 minutes a duré 30 minutes», témoigne Andrew, un livreur de la plateforme Deliveroo. L'application de navigation, selon lui, se perdait dans des directions aléatoires, compliquant médiocrement des livraisons déjà stressantes.
Les enjeux derrière ces perturbations sont préoccupants. Depuis le début des hostilités au Moyen-Orient, marquées par des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, les Émirats ont essuyé des tirs de plus de 260 missiles et 1 500 drones. Ces attaques ne visent pas uniquement des cibles militaires, mais également des zones résidentielles et des infrastructures stratégiques. Clayton Swope, analyste au Centre d'études stratégiques et internationales, voit dans ces perturbations un moyen de désorienter les munitions guidées iraniennes qui pourraient s'appuyer sur des données GPS erronées pour frapper.
Les experts distinguent deux stratégies de brouillage : le «jamming», qui empêche la réception des signaux GPS, et le «spoofing», qui trompe les systèmes en fournissant de fausses coordonnées. Lisa Dyer, directrice de l’Alliance pour l'innovation du GPS, souligne que bien que ces mesures offrent des avantages tactiques, elles représentent des risques significatifs pour l'aviation et la navigation maritime.
Face à ce dilemme, les États du Golfe semblent prêts à accepter des inconvénients pour leurs citoyens, préférant des désagréments temporaires à des attaques susceptibles de frapper leur territoire. Selon Dimitris Ampatzidis, analyste chez Kpler, environ un millier de navires dans la région ont subi, à un moment donné, des brouillages de signal. La situation est d'autant plus alarmante pour les navires, qui, contrairement aux téléphones portables, dépendent d'un système GPS plus archaïque et moins fiable, renforçant leur vulnérabilité. Ainsi, certains pétroliers sont affichés, de manière déroutante, en position terrestre alors qu'ils naviguent dans les eaux du Golfe.







