Les frappes sur les infrastructures d'eau sont devenues une réalité préoccupante dans le contexte des conflits au Moyen-Orient, menaçant directement l'accès à une ressource vitale pour des millions de personnes.
Le 8 mars, une station de dessalement à Bahreïn a subi des dommages suite à une attaque de drones iraniens. Cette action a été rapportée alors que le gouvernement iranien accusait des frappes sur l'île de Qeshm, perturbant l'approvisionnement en eau de 30 villages.
La tension s'est intensifiée après que Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran concernant le détroit stratégique d'Ormuz, menaçant de détruire les centrales électriques si la situation ne s'améliorait pas. La riposte de Téhéran pourrait viser les infrastructures de dessalement de la région.
"L'eau, c'est la vie," a déclaré le ministre émirati des Affaires étrangères, Abdallah ben Zayed Al Nahyane, affirmant qu'aucun citoyen ne devrait souffrir de la soif. Cet engagement souligne l'importance cruciale de l'eau dans un contexte de guerre.
Esther Crauser-Delbourg, économiste spécialisée, avertit : "Le premier qui s'attaque à l'eau déclenche une guerre bien plus dévastatrice que celle que nous connaissons aujourd'hui. "
L'importance de l'eau désalinisée est indiscutable. Face à l'aridité extrême, avec un accès à l'eau dix fois inférieur à la moyenne mondiale, les usines de désalinisation jouent un rôle clé dans l’économie et l'approvisionnement en eau potable des millions d’habitants. Selon une étude de Nature, 42% de la capacité mondiale de dessalement se trouve dans cette région. Dans certains pays comme les Émirats, jusqu'à 90% de l'eau potable provient de ces installations, comme l'indique l'Institut français des relations internationales (Ifri).
"Là-bas, sans eau désalinisée, il n'y a rien," souligne Crauser-Delbourg, particulièrement vrai dans des métropoles animées comme Dubaï et Riyad.
Déjà en 2010, une analyse de la CIA affirmait que des dommages aux infrastructures de désalinisation dans les pays arabes pourraient entraîner des conséquences plus graves que celles d'autres pertes industrielles. En 2008, un câble de WikiLeaks révélait que Riyad devait envisager une évacuation immédiate si son usine de désalinisation subissait des dommages.
Quelles menaces pèsent sur ces installations? Au-delà des frappes, les usines sont vulnérables aux coupures de courant et aux contaminations par des événements environnementaux, y compris les marées noires. Philippe Bourdeaux, directeur de la zone Afrique/Moyen-Orient chez Veolia, explique que la sécurité des installations a été renforcée avec l'adoption de mesures stratégiques, y compris le déploiement de missiles autour des sites critiques.
Les précédents d’attaques contre des usines de désalinisation existent, mais restent rares. Des conflits récents entre le Yémen et l'Arabie saoudite ainsi que des frappes israéliennes sur la bande de Gaza en témoignent, comme le rapporte le Pacific Institute, expert des enjeux liés à l'eau.
Les conséquences d'une attaque peuvent varier. Des perturbations temporaires aux crises majeures pouvant entraîner un exode des grandes villes sont envisageables, avec des impacts sur des secteurs comme le tourisme et l'industrie, fortement dépendants de l'eau.
Cependant, plusieurs garde-fous existent. Les infrastructures de désalinisation sont souvent interconnectées, limitant les impacts d'une éventuelle interruption. Bourdeaux souligne que ces usines disposent généralement de réserves d'eau de deux à sept jours, ce qui permet de faire face à des pénuries tant que les pannes sont temporaires.







