Un ethnographe rennais, Romain Huët, met en lumière une réalité inquiétante : dormir moins de sept heures par nuit pourrait être un signe d'aliénation orchestrée par le capitalisme. À l'opposé, les chasseurs-cueilleurs tanzaniens, comme les Hadza, affirment ne pas comprendre cette problématique.
Politiser notre sommeil : un enjeu vital
Dans un entretien accordé au site Reporterre, qui prône une vision radicale pour un monde meilleur, Huët explique que notre crise du sommeil n'est pas simplement un choix de style de vie, mais un véritable symptôme politique. Au lieu de blâmer les séries sur Netflix ou les réseaux sociaux, il souligne que « le capitalisme produit l’épuisement, puis nous vend des solutions ».
Des produits tels que des tisanes relaxantes ou des gélules de mélatonine deviennent ainsi des instruments d'oppression, selon lui. Il évoque une existence « inexpressive », indiquant que nos capacités sont en fait bridées par les contraintes capitalistes. Dans ses réflexions, il cite également Deleuze, arguant que le scrolling incessant sur les réseaux sociaux pourrait presque être comparé au dernier verre d’un alcoolique. Pour Huët, la solution réside dans une nécessité de « politiser l’épuisement ».
Il est important de se demander si le capitalisme est réellement à l'origine de tous nos maux, allant du réchauffement climatique à l'insomnie. Mais une réflexion plus large s'impose.
Retrouver la mémoire des luttes sociales
Les luttes sociales, qui ont marqué l’histoire du travail, ont certes abouti à certaines avancées, comme la réduction du temps de travail. En 1919, la journée de huit heures a été instaurée, suivie des congés payés en 1936 et des 35 heures en 2000. Selon le prix Nobel d'économie Robert Fogel, le temps de loisir a plus que triplé entre 1880 et 1995, mais qu’en est-il de l’usage de ce temps précieux ?
Actuellement, l'employé moderne consacre environ cinq heures par jour devant la télévision et deux heures et demie sur les réseaux sociaux. Ce mode de vie est souvent perçu comme une forme de crétinisation, éloignant les individus de la culture active.
La vérité à travers le prisme des Hadza
Une étude parue dans Current Biology (Siegel et al., UCLA, 2015) démontre que les Hadza, sans électricité, dorment en moyenne six heures vingt-cinq minutes par nuit, soit moins que le Français moyen. Ils ne souffrent pourtant pas des effets du capitalisme comme nous le faisons. Leur sommeil est rythmé par des cycles naturels, contrairement à notre dépendance aux appareils électroniques.
Matthew Walker, dans son ouvrage Pourquoi nous dormons, suggère que l'éclairage moderne est la cause de nos insomnies, mais cette étude indique qu'une simple régulation de la température pourrait résoudre le problème de sommeil. Ainsi, plutôt que de renverser le capitalisme, il pourrait suffisamment régler notre climat intérieur.
En conclusion, la qualité de notre sommeil ne dépend pas seulement du capitalisme, mais aussi de nos choix quotidiens. Jean de La Fontaine l'a résumé par une sage observation : les préoccupations des classes sociales supérieures peuvent éloigner le sommeil bien plus que le mode de vie des classes populaires. Bonne nuit à tous !







