Iran, pétrole et tourisme : les pays du Golfe face à la tempête

L'escalade des tensions menace l'économie fragile des pays du Golfe. Analyse.
Iran, pétrole et tourisme : les pays du Golfe face à la tempête
De la fumée s'élève en provenance d'une installation énergétique située dans l'émirat de Fujaïrah, dans le golfe, le 14 mars 2026. © AFP
Contrairement à la guerre de douze jours de l’année précédente, Téhéran a ciblé directement les infrastructures économiques des monarchies du Golfe en réponse aux attaques survenues le 28 février dernier. Pour le moment, ces pays évitent de s'impliquer dans le conflit et ne planifient pas de changement dans leur relation avec les États-Unis. Cependant, leur modèle économique pourrait bientôt les contraindre à agir.

Depuis le 18 jours, le Moyen-Orient voit une intensification des attaques entre les États-Unis, Israël et l’Iran, avec les monarchies du Golfe prises pour cible. Au cours du week-end dernier, plus de 3 100 missiles et drones iraniens ont été interceptés par les systèmes de défense du Golfe.

En première ligne, les Émirats Arabes Unis ont rapporté avoir neutralisé 268 missiles balistiques et 1 514 drones, selon des données officielles de CNBC publiées le 12 mars. Ces évènements menacent l'un des fondements de leur prospérité : la stabilité. De plus, ils mettent en péril d'autres piliers de leur économie, avec des frappes concentrées sur des infrastructures stratégiques.

Perturbations dans les raffineries

Les installations de production d’hydrocarbures sont affectées, comme l’illustre l’attaque de drone sur la raffinerie de Ruwais aux Émirats, survenue le 10 mars. D’autres raffineries, telles que celles de Ras Tanura en Arabie Saoudite, ont également été ciblées. Cela entraîne des interruptions temporaires de production, face à un contexte où ces pays figurent parmi les principaux producteurs mondiaux de pétrole.

La région détient près de 50% des réserves mondiales de brut, et des pays comme l’Arabie Saoudite en produisent plus de 10 millions de barils par jour, représentant ainsi 10% de la consommation mondiale quotidienne.

Arrêts des usines de GNL au Qatar et aux Émirats

Le conflit affecte également la production de gaz naturel liquéfié (GNL) avec l'arrêt des usines qatari, impactant 20% de la production mondiale de GNL. De plus, la chaîne logistique est menacée, affectant aussi les dépôts de carburant et des ports cruciaux pour les expéditions.

Les Gardiens de la Révolution d'Iran bloquent le détroit d’Ormuz, par où transite un cinquième des hydrocarbures mondiaux, rendant impossible une alternative efficace à l'expédition par le détroit. L'infrastructure pétrolière de Fujairah, essentielle pour l’exportation émiratie, a récemment subi des frappes de drones, poussant des entreprises comme Adnoc à suspendre ses chargements.

Exportations d'engrais sous tension

Au-delà des hydrocarbures, l'Arabie Saoudite et le Qatar se classent parmi les leaders de la filière des engrais. En 2024, le pays a exporté pour près de 5 milliards de dollars en engrais, face à une situation qui commence à entraîner une chute des exportations, avec des conséquences sur les usines au Pakistan, par manque d'approvisionnement en gaz.

Tourisme : l'impact sur Dubaï

Le tourisme, un autre pilier économique crucial, subit également les répercussions du conflit. En 2025, Dubaï a accueilli 20 millions de visiteurs, apportant 12% à son PIB. L’aéroport, deuxième plus fréquenté au monde, a été touché par une attaque de drone, entraînant une interruption temporaire de plusieurs vols.

Pour l'instant, aucune pénurie de carburant n’est signalée, mais de nombreux vols effectuent des escales pour le ravitaillement, ajoutant aux complications logistiques.

Secteur financier en crise

Le secteur financier, comprenant des hubs économiques comme le Dubai International Financial Center, est également touché. De nombreuses entreprises occidentales, telles que Citi et Deloitte, ont ordonné l'évacuation de leur personnel ou fermé leurs bureaux, amplifiant les impacts économiques du conflit.

Au milieu de cette tourmente, des voix s'élèvent comme celle du ministre des Affaires étrangères d'Oman, qui a dénoncé les attaques militaires menées par les États-Unis et Israël, soulignant qu'elles sont contraires au droit international.

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