Environ 400 personnes se sont rassemblées devant le tribunal de Quimper ce lundi, à l'initiative d'associations pour la protection des enfants. Leur mot d'ordre : "Plus jamais d'affaire Lyhanna".
Un modèle économique en pleine expansion. Après avoir été adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale en début d'année, le projet de loi visant à étendre le dispositif "Territoires zéro chômeur de longue durée" est examiné au Sénat ce mardi 9 juin. Depuis une dizaine d'années, cette initiative, initiée dans plusieurs territoires, s'est élargie à plus de cinquante zones, aboutissant à la création de l'entreprise à but d'emploi (EBE) Treuzell à Concarneau.
Les premiers contrats à durée indéterminée (CDI) ont vu le jour le 4 novembre 2024, après un long processus de trois ans de réflexion. "Nous devions répondre à un cahier des charges rigoureux qui nécessitait une vraie mobilisation des collectivités et des associations, ainsi que des rencontres avec plus d'une centaine de demandeurs d'emploi", précise Lisa Le Run, la directrice de Treuzell. Cette entreprise se compose d'une recyclerie qui collecte, répare et revend des appareils électroménagers et des meubles, grâce à un partenariat avec la déchetterie de Trégunc, ainsi qu'une activité de service axée sur le nettoyage de tags et de mobilier urbain pour les collectivités et entreprises locales.
Au-delà de l'insertion classique : la sécurité du CDI
La principale différence de Treuzell par rapport aux structures d'insertion traditionnelles réside dans la permanence du contrat. Alors que l'insertion classique se limite à des contrats de deux ans maximum, Treuzell propose des CDI. "C'est psychologiquement très fort", souligne Pierre Monfort, le président, car cela permet de retrouver une "situation économique normale pour un logement ou un crédit". Cette stabilité est essentielle pour des individus éloignés de l'emploi depuis parfois dix ans, qui nécessitent du temps pour retrouver leur productivité. Lisa Le Run insiste sur l'approche humaine adoptée : "Nous ne filtrons pas les candidats. Nous préférons un collectif à échelle humaine pour mieux accompagner les fragilités".
Contrairement à d'autres Entreprises à But d'Emploi (EBE), Treuzell a fait le choix de fonctionner indépendamment d'une structure préexistante, telle qu'un chantier d'insertion. L'orientation des bénéficiaires se fait via un Comité local pour l'emploi (CLE).
Les deux tiers du budget de Treuzell proviennent de la redistribution des coûts liés au chômage, tels que les allocations chômage et le RSA, tandis que les 30 % restants sont générés par son propre chiffre d'affaires.
"Je n'étais pas leur priorité"
Pour Jérémy, salarié de Treuzell, cet investissement porte un sens profond. "Il est vrai qu'il y a de l'argent public, mais c'est un investissement judicieux", note cet ancien chômeur de longue durée qui a souvent vécu avec des contrats très précaires. Il se remémore un échange avec un responsable de France Travail : "Il m'avait confié que je n'étais pas leur priorité. Avant, ma vie ressemblait à un dimanche de pluie". Aujourd'hui, il retrouve confiance au sein du collectif.
La reconquête de l'utilité sociale
Les 24 membres de l'équipe, dont 20 proviennent du chômage de longue durée, illustrent un grand esprit de polyvalence entre le réemploi et les services offerts. Raphaël, 56 ans, souligne l'importance de l'écoute au sein de l'entreprise : "Si l'on fait tout pour que la personne se sente à l'aise, cela a un grand impact". Damien, quant à lui, qui est passé de bénévole à manager après 18 mois de chômage, affirme que l'essentiel est de retrouver l'envie de contribuer à la société sans anxiété. "Je préfère être heureux dans mon travail. Au moins, je me lève en étant content chaque matin", conclut-il. En réparant des objets, les salariés de Treuzell réparent avant tout leur propre lien au monde.







