Les déclarations récentes de Gérald Darmanin, ministre de la Justice, lors de son audition devant la commission des Lois du Sénat, ont mis en lumière de vives critiques à l'encontre des parquets, notamment ceux de Toulouse et d'Auch. Alors qu'il répondait à des questions sur le traitement des plaintes dans l'affaire Lyhanna, le ministre a souligné des dysfonctionnements au sein de ces institutions judiciaires.
Le ministre a, en effet, accusé les parquets de ne pas avoir agi de manière adéquate concernant la plainte déposée contre Jérôme Barella, soupçonné d'agression sur mineure. "Je crains qu'il y ait effectivement eu une défaillance des services des parquets", a-t-il affirmé, se basant sur des retours d'inspection. Cette situation a été confirmée par des témoignages recueillis par Le Monde, rapportant que la famille de Lyhanna avait également tiré la sonnette d'alarme à plusieurs reprises.
Darmanin a insisté sur le fait que les antécédents judiciaires de Barella étaient connus des autorités, pointant un manque d'urgence dans la gestion de ces cas. "Il est incompréhensible que, neufs mois après la plainte, il n'y ait toujours pas eu de garde à vue ni de saisie des téléphones", a-t-il ajouté lors de son discours.
Pas une question de moyens ?
Le ministre a tenté de minimiser l'idée selon laquelle le manque de moyens pourrait être la cause des dysfonctionnements. Il a déclaré que l'expertise médicale et psychologique de la petite victime était solide, soulignant que "le traitement des plaintes pour viols sur mineur doit être priorisé". Une déclaration largement contestée par plusieurs sénateurs, dont Corinne Narassiguin, qui a indiqué que les circulaires officielles semblaient davantage se concentrer sur d'autres enjeux.
La situation est d'autant plus alarmante quand on considère que 70 000 plaintes concernant des mineurs sont en attente d'examen selon un rapport de l’Inspection générale de la justice, rapporté par France Info. Ce rapport, reçu dès 2022, indiquait déjà que le taux de dossiers classés sans suite pour violences sexuelles était en constante augmentation, atteignant jusqu'à 84 %.
Combien de Lyhanna ?
Alors que le gouvernant tente d’écarter la question des moyens, l’avocat de la famille de Lyhanna, maître François Roujou de Boubée, a énoncé des critiques plus directes. "Des gendarmes, policiers et magistrats croulent littéralement sous les dossiers. Les décisions de justice prennent des années à être appliquées", a-t-il déclaré en insistant sur la nécessité d’une réforme structurelle plutôt que simplement législative.
Son appel à une prise de conscience a fait écho auprès de nombreux observateurs, notamment au sein de l'Union syndicale des magistrats, qui a déclaré que sans une réallocation sérieuse des ressources, le cycle de défaillances continuera d'impact ce fragile équilibre judiciaire. "Combien faudra-t-il de Lyhanna pour être enfin entendus ?" a-t-il conclu, une question qui pèse lourdement dans le débat actuel sur la justice en France.







